Couverture de la bande dessinée « Le Monde sans fin » de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

Le Monde sans fin

Le Monde sans fin
Miracle énergétique et dérive climatique
Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain
Dargaud, 2021 (bande dessinée)

En bref

L’album prend la forme d’un dialogue entre Jean-Marc Jancovici, qui explique, et Christophe Blain, qui joue le candide sceptique. Le ton est pédagogique et souvent drôle.

L’énergie, fondement de tout. L’énergie n’est pas une question de prix mais une grandeur physique : elle mesure la transformation du monde, et ses lois ne se votent pas. Les machines alimentées aux énergies fossiles nous ont donné une sorte d’exosquelette. Chaque Terrien dispose en moyenne de l’équivalent d’environ 200 esclaves qui travailleraient pour lui en permanence. Blain incarne cette humanité surpuissante sous les traits d’Iron Man. C’est cette abondance qui a permis l’exode rural, l’alimentation carnée, la croissance économique et le confort moderne.

Le double piège. Les énergies fossiles sont limitées, et les brûler dérègle le climat. Quelques degrés de différence suffisent à transformer la planète, et un monde qui manque d’énergie aura moins de moyens pour faire face aux catastrophes. Jancovici y voit un risque de retour de la violence et du « chacun pour soi ».

Les solutions. Jancovici défend le nucléaire, qu’il juge beaucoup moins dangereux que notre peur ne le suggère ; l’accident de Fukushima est expliqué en détail. Il présente les renouvelables comme utiles mais insuffisants pour remplacer les fossiles. Il en conclut que la sobriété est incontournable, y compris dans l’agriculture et l’alimentation, aujourd’hui entièrement dépendantes du pétrole.

Pourquoi c’est si difficile. La fin de l’album s’appuie sur les travaux de Sébastien Bohler. Notre striatum, la zone du cerveau liée à la récompense, nous pousse à vouloir toujours plus. Ce mécanisme était adapté à un monde de rareté, mais il devient problématique dans un monde d’abondance.

Ce qui m’a marqué dans ce livre : prendre conscience de l’immense pouvoir que nous confère l’énergie. Tout notre système économique, social et politique repose sur elle. Mais ce pouvoir est fragile, car il dépend entièrement de notre approvisionnement en énergie. Jancovici nous invite donc à une sobriété choisie, organisée dès maintenant, plutôt que de subir plus tard une sobriété imposée par les limites physiques.

« Dans 1 l d’essence, tu as la même capacité à transformer l’environnement que dans 10 à 100 jours de travail de force d’un être humain. »

Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, Le Monde sans fin, p. 28

Ce que cela change pour les organisations

Ce livre éclaire le contexte dans lequel les organisations que j’accompagne vont devoir évoluer. Leur fonctionnement repose sur une énergie abondante et bon marché, qu’elles tiennent pour acquise. L’invitation de Jancovici à une sobriété choisie plutôt que subie rejoint le cœur de mon métier : aider à anticiper le changement plutôt qu’à le subir dans l’urgence. Elle fait aussi écho à la robustesse, qui privilégie la capacité à traverser les chocs plutôt que la performance maximale. Enfin, le passage sur le striatum me rappelle qu’informer ne suffit pas à faire changer les comportements. C’est précisément là qu’un accompagnement prend tout son sens.


Se procurer le livre

Si ce livre vous intéresse, je vous invite à l’emprunter en bibliothèque ou à le commander chez votre libraire, par exemple chez À Livre ouvert – Le Rat conteur, à Woluwe.

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