Souhaitons-nous de la robustesse ?
Olivier Hamant · La Terre au carré, France Inter · 43 min ·
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- « On a perdu le contrôle ! » Survivre à l’effondrement grâce à la robustesse – Olivier Hamant, l’entretien avec Élucid
- La robustesse du vivant : quand le vivant inspire l’entreprise – Olivier Hamant, la conférence pour rivaje
En une phrase : En 43 minutes, Olivier Hamant sort la robustesse du laboratoire pour l’appliquer à la société, à la politique et à la démocratie.
Les idées à retenir
- Le vivant est robuste avant d’être performant ; nos sociétés font l’inverse. Les plantes sont vertes et non noires : elles renvoient une partie de la lumière plutôt que de tout absorber, et c’est ce qui leur permet d’encaisser les pics de soleil. Même la lionne qui chasse rate la plupart de ses attaques, et dort une grande partie de la journée.
- La performance, à l’origine, c’est « l’art de bien faire ». Elle est devenue la somme de l’efficacité et de l’efficience : le « bien fait » est devenu le « bien réglé », comme une machine. Hamant cite ici la loi de Goodhart : quand une mesure devient une cible, elle cesse d’être fiable.
- Adaptation n’est pas adaptabilité. L’adaptation remplace une voie étroite par une autre, par exemple toutes les voitures thermiques par des voitures électriques, sans changer de logique. L’adaptabilité consiste à garder plusieurs solutions possibles, quitte à être moins optimisé.
- La diversité protège. Le canal de Suez, la dépendance au gaz russe, les principes actifs des médicaments produits en Asie : miser sur une seule voie crée de la fragilité. « La monoculture attire le pathogène », en agriculture comme en informatique.
- La robustesse avant la sobriété. Réduite à l’efficacité énergétique, la sobriété provoque des effets rebonds. Il vaut mieux créer les conditions qui la génèrent, par exemple des objets réparables qui durent et se transmettent. Son slogan : « moins, mais mieux ».
- Robustesse et transformation, plutôt que résilience. Dans une crise permanente, on ne peut pas « rebondir » à chaque choc. On ajuste son niveau de robustesse, et si le seuil de rupture est atteint, on se transforme.
- La démocratie repose sur des lenteurs utiles. Protéger ses sources oblige le journaliste à gagner la confiance et à recouper l’information. C’est plus lent, mais sans ce secret, plus personne ne parlerait aux journalistes. De même, les conventions citoyennes et la participation locale prennent du temps, mais rendent les décisions plus solides.
Mon commentaire
- Dans l’entretien avec Élucid, Olivier Hamant évoquait déjà la loi de Goodhart : quand une mesure devient une cible, elle cesse d’être fiable. Il y revient ici à propos du sport de compétition, où un seul objectif finit par faire oublier tout le reste. Si ma mémoire est bonne, il a d’ailleurs raconté dans une conférence avoir arrêté le tennis quand on a commencé à lui demander de la performance.
- Mais c’est surtout son intervention sur les artistes que je trouve intéressante. Il raconte que ce sont eux qui, lors d’une conférence à Berlin, lui ont fait remarquer le lien entre ses recherches sur les plantes et son inquiétude écologique. Un lien qu’il n’avait pas vu lui-même. Pour lui, la force de la démarche artistique est justement de « questionner les questions » : ne pas se précipiter vers une réponse, mais faire passer un test de robustesse à la question elle-même. Et c’est souvent dans l’interstice entre les disciplines que surgit la créativité.
- J’y retrouve ce que la conférence de rivaje présentait comme la première étape de toute démarche robuste, et ce que les participants vivent dans la Fresque de la Robustesse avec l’étape « Questionnons la question ». Ce n’est pas un hasard si la fresque passe par la création, le collectif et le débat plutôt que par un exposé : changer de mode d’expression aide à regarder un problème autrement.
- C’est aussi ce que j’observe quand j’anime des ateliers avec la méthode LEGO® SERIOUS PLAY®. Face à une question, chacun construit un modèle avec ses mains avant d’avoir « la » réponse en tête. Les mains vont souvent plus loin que la pensée : en racontant ce qu’il a construit, un participant découvre parfois que sa question n’était pas tout à fait la bonne. Ce détour par la métaphore et le jeu, qui peut sembler peu performant, est précisément ce qui ouvre de nouvelles pistes. On retrouve là l’intuition des artistes dont parle Olivier Hamant.
Le lien ouvre la vidéo sur le site de son hébergeur (YouTube, Vimeo…).
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